jeudi, 22 novembre 2007
Instant de richesse
Elle se tenait devant moi, frêle et tremblotante. Personne ne connaissait son nom, son adresse mais tous l'avaient vu un jour ou l'autre passer aux alentours. Elle marchait, marchait et marchait toujours. Offrant son sourire à son prochain, un signe de la main aux enfants du coin. Malgré son âge avancé, rien ne pouvait l'arrêter. Déterminée elle était. D'où venait-elle? Il me semble que personne ne s'en souciait mais chacun s'inquiétait pour elle à sa façon.
En ce matin de première tempête elle avait bravé le froid pour venir jusqu'à moi. En retard elle était arrivée. Je ne savais même pas que je devais la recevoir aujourd'hui, je ne l'attendais donc pas. Quand mes yeux ont croisés les siens, j'ai eu mal. J'ai ressenti à la fois toute la douleur que cette dame transportait avec elle puis j'ai eu honte de ma courte impatience. Je l'invitai donc à s'asseoir, prendre un instant de répit, profiter un peu de la chaleur environnante.
Il y avait sur son visage de drôles de signes. Des motifs imprégnés dans sa peau, une croisade. De grands combats il y avait eu. Des carreaux comme sur une fenêtre, celle de sa vie, de son passage d'une autre époque jusqu'à aujourd'hui. C'est que le temps s'infiltre, s'insinue en nous, laissant des cicatrices, traces indélébiles.
Elle s'excusa de son retard, et m'offrit d'attendre sur le banc de bois afin que je puisse aller dîner. Cette femme qui venait de loin, de sa lente démarche au travers la tourmente me faisait office de miroir. Comment aurais-je voulu qu'on s'occupe de moi? Quelle réponse aurais-je espéré?
Ce que je fis? Je pris soin d'elle, répondit à ses questions, la rassurai comme j'aurais voulu qu'on le fasse avec moi ou avec un membre de ma famille. À toute vitesse? Non ce n'est pas nécessaire. Pourquoi ne pas à l'occasion, prendre le temps de s'arrêter, de respirer. Pourquoi en sommes nous venus à vouloir toujours courir, aller plus vite? De part cette rencontre aujourd'hui, cette dame m'offrit un voyage dans le temps futur. Je me suis imaginée moi aussi à un âge avancé, la cheville boiteuse, la main tremblante, presque incapable de signer des documents. Et j'aurais aimé qu'on me regarde avec douceur en me disant. Prenez tout votre temps dame madame!
Peut-être que ce sera moi un jour, qui aura besoin de quelques minutes de plus pour exécuter ces simples tâches. J'apprécierai sûrement que l'on prenne son temps, qu'on me laisse le temps de vous montrer que malgré tout ce que mon corps vous renvoie comme image, au delà de ceci, il y a un être humain à l'intérieur qui un jour il y a longtemps pouvait faire les mêmes chose plus rapidement.
Je l'ai aidé à remballer ses effets, lui ai souhaité une belle journée lui demandant d'être bien prudente sur le chemin du retour. Je l'ai salué, puis me suis inquiétée pour elle....pour moi aussi et pour nous qui demain seront un peu plus âgés à notre tour.
Pensée du jour:
Le fond du coeur est plus loin que le bout du monde
Proverbe Chinois
00:05 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Bonjour Nathalie,
très joli texte,vraiment ! Empli d'humanité,de compassion. Une belle leçon à cette époque si individualiste.
Bien à toi,
Christophe
Ecrit par : Chris | vendredi, 23 novembre 2007
Bon matin Christophe,
merci pour ta visite quotidienne. Manque d'inspiration, de temps hier soir pour offrir quelque chose de nouveau aujourd'hui....
Heureuse de te retrouver. Je prendrai du temps sous peu pour t'écrire personnellement.
Bonne journée!
/ Nathalie
Ecrit par : Amitabha | vendredi, 23 novembre 2007
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